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Smiljan Radić, Pritzker 2026 : ce que son architecture nous dit de notre époque — Xiléades Architecteurs
Métier19 de mayo de 20265 min de lecturaHélène MERCADO

Smiljan Radić, Pritzker 2026 : ce que son architecture nous dit de notre époque

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Le Chilien Smiljan Radić reçoit le Pritzker 2026 pour une architecture qui refuse les certitudes. Son œuvre discrète, à contre-courant, est un retour délicat aux fondations élémentaires du bâti.

Un Pritzker chilien, dix ans après Aravena

Le 12 mars dernier, à l'autre bout du monde, un architecte chilien de soixante ans a reçu la plus haute distinction de notre métier. Smiljan Radić Clarke devient ainsi le second Chilien à décrocher le Pritzker, dix ans après Alejandro Aravena — qui présidait précisément le jury cette année.

Portrait en noir et blanc de Smiljan Radić Clarke, architecte chilien lauréat du Prix Pritzker 2026
Smiljan Radić Clarke, lauréat du Prix Pritzker 2026 — Santiago, Chili. © The Hyatt Foundation / The Pritzker Architecture Prize

Anneau translucide en fibre de verre posé sur d'imposantes pierres brutes, vu sur la pelouse de la Serpentine Gallery
Serpentine Pavilion 2014, Kensington Gardens, Londres — la coque translucide retenue au sol par des pierres brutes. © The Hyatt Foundation / The Pritzker Architecture Prize

Une œuvre discrète, presque invisible

L'œuvre est discrète, l'homme l'est aussi. Radić travaille depuis Santiago avec une poignée de collaborateurs, loin des cabinets-galaxies qui peuplent habituellement le palmarès. Son nom dit pourtant quelque chose à tous ceux qui ont arpenté les jardins de Kensington en 2014 : c'est lui qui a posé sur la pelouse de la Serpentine Gallery cet anneau translucide en fibre de verre, retenu au sol par d'immenses pierres brutes. Une coque, presque rien, et pourtant un événement.

Diptyque du Serpentine Pavilion 2014 : vue extérieure de la coque translucide et détail des appuis en pierre
Serpentine Pavilion 2014 — vue d'ensemble et détail constructif. © The Hyatt Foundation / The Pritzker Architecture Prize

Portrait éditorial de Smiljan Radić, soixante ans, dans son atelier de Santiago
Smiljan Radić Clarke, soixante ans, travaille depuis Santiago avec une poignée de collaborateurs. © The Hyatt Foundation / The Pritzker Architecture Prize

La radicalité du retour aux fondations

Le jury parle d'une « originalité radicale ». La formule suggère un geste tapageur ; c'est l'inverse. La radicalité de Radić consiste à revenir aux fondations les plus élémentaires de l'architecture — la pierre, la lumière, l'ombre, le seuil — et à les manipuler avec une infinie délicatesse. Ses bâtiments paraissent inachevés, parfois précaires, comme posés là en attendant que quelqu'un veuille bien les habiter. Au Teatro Regional del Biobío, à Concepción, l'enveloppe semi-translucide module la lumière le soir venu comme une lanterne de papier ; au restaurant Mestizo de Santiago, d'énormes rochers tiennent un toit qui semble retenir son souffle.

Composition graphique évoquant la pierre, la lumière et le seuil, signatures matérielles de Radić
La signature de Radić : revenir aux fondations — la pierre, la lumière, l'ombre, le seuil.

Façade du Teatro Regional del Biobío à Concepción, enveloppe semi-translucide éclairée le soir
Teatro Regional del Biobío, Concepción (Chili), 2018 — l'enveloppe semi-translucide module la lumière comme une lanterne de papier. © The Hyatt Foundation / The Pritzker Architecture Prize

Vue aérienne du Teatro Regional del Biobío au crépuscule, posé en bord de fleuve
Teatro Regional del Biobío, Concepción — vue aérienne au crépuscule. © The Hyatt Foundation / The Pritzker Architecture Prize

Restaurant Mestizo à Santiago : énormes rochers naturels supportant un toit horizontal en bois
Restaurant Mestizo, Santiago — d'énormes rochers tiennent un toit qui semble retenir son souffle. © The Hyatt Foundation / The Pritzker Architecture Prize

Diptyque du Restaurant Mestizo : vue diurne sur le parc et vue nocturne sous éclairage chaud
Restaurant Mestizo, Santiago — vues de jour et de nuit. © The Hyatt Foundation / The Pritzker Architecture Prize

Une architecture qui refuse les certitudes

Ce qui frappe, et ce qui justifie sans doute la décision du jury, c'est que cette architecture refuse les certitudes. À une époque où l'on attend du bâtiment qu'il affiche sa performance, sa signature, sa pertinence sociétale, Radić préfère l'incertitude, l'expérimentation matérielle, la mémoire culturelle. Il évoque lui-même des structures qui se tiendraient « sous le soleil pendant des siècles, en attendant notre visite ». La phrase est belle ; elle dit l'essentiel.

Carte typographique reprenant une citation de Smiljan Radić sur fond sombre
« Des structures qui se tiennent sous le soleil pendant des siècles, en attendant notre visite. » — Smiljan Radić Clarke

Que retenir, depuis Paris ?

Que retenir, depuis Paris, de cette nouvelle ?

Peut-être ceci. À l'heure où la profession s'épuise à courir derrière les normes, les labels et les seuils carbone — et nous sommes les premiers à y souscrire — il est précieux qu'un prix mondial rappelle que l'architecture est aussi, fondamentalement, un acte d'attention. Attention à un lieu, à une matière, à un usage, à celui qui poussera la porte. Cette attention-là ne se mesure pas, et c'est sans doute pour cela qu'elle se perd. Le Pritzker 2026 a choisi de l'honorer.

Construire, c'est d'abord regarder

Quand Aravena dit de Radić qu'il sait « rendre évident ce qui ne l'était pas », il pourrait parler de toute bonne architecture. Construire, c'est d'abord regarder.

Visuel de signature Xiléades Architecteurs : composition minérale et inscription "Construire, c'est d'abord regarder"
Construire, c'est d'abord regarder. © Xiléades Architecteurs


Crédits photographiques : toutes les images de cet article sont publiées par The Hyatt Foundation / The Pritzker Architecture Prize sur pritzkerprize.com et reproduites ici à des fins éditoriales d'information et de commentaire critique (article de presse spécialisée), sans intention commerciale, dans le cadre des courtes citations et de l'exception de revue / commentaire prévues par l'article L.122-5 du Code de la propriété intellectuelle. Tous droits réservés à leurs auteurs et au Pritzker Prize. Sur simple demande des ayants droit, ces visuels seront retirés.

Tags#smiljan radić#prix pritzker#architecture chilienne#serpentine pavilion#alejandro aravena#matérialité
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